C’est une excellente question. Et je la reçois souvent.
Parce que ces deux méthodes — RITMO et EMDR — sont de plus en plus connues, de plus en plus utilisées en thérapie. Elles ont en commun d’être extraordinairement efficaces pour travailler sur les traumatismes, les blessures émotionnelles, les mémoires qui restent figées dans le corps et l’esprit.
Mais avant de te parler de ces méthodes, il faut que tu comprennes quelque chose d’essentiel : ce qui se passe dans ton cerveau quand tu vis un traumatisme. Parce que c’est en comprenant cela que tu vas saisir pourquoi le RITMO et l’EMDR sont si puissants.
Ce qui se passe dans ton cerveau lors d’un traumatisme
Imagine : tu vis un événement violent, soudain, effrayant. Un accident. Une agression. Une perte brutale. Un moment où tu te sens en danger de mort, ou profondément blessé·e dans ton être.
À cet instant, ton cerveau bascule en mode survie.
Les trois cerveaux qui réagissent
En réalité, tu possèdes trois parties du cerveau qui travaillent ensemble :
Le cerveau reptilien : il gère les fonctions vitales (respiration, rythme cardiaque) et les réflexes de survie : figer, fuir ou combattre.
Le cerveau limbique : il contient tes émotions et tes mémoires émotionnelles. L’amygdale, qui détecte le danger, s’y trouve.
Le néocortex : c’est ton cerveau pensant, celui qui analyse, comprend et prend des décisions.
L’amygdale prend le contrôle
En temps normal, tout ce petit monde collabore harmonieusement. Mais en cas de choc, l’amygdale prend la main. Elle déclenche l’alarme : « Danger ! ». Ton corps accélère, tes muscles se tendent, et ton cortex préfrontal – la partie rationnelle – se déconnecte.
Résultat : impossible de réfléchir. Tu agis simplement pour survivre.
Ton corps réagit instantanément : cœur qui s’accélère, respiration coupée, muscles tendus. Et surtout, ton cortex préfrontal — la partie pensante de ton cerveau — se déconnecte.
Tu es en mode survie pure, de stress intense, tu ne peux plus réfléchir clairement ni analyser la situation rationnellement.
Quand le traumatisme reste coincé
Normalement, une fois le danger passé, ton système nerveux se régule. Ton amygdale se calme. Tu peux alors traiter l’événement, le comprendre, le ranger dans ta mémoire comme « quelque chose qui est arrivé dans le passé».
Mais parfois, ce processus ne se fait pas.
L’événement a été trop violent, trop soudain, trop insupportable. Ou tu étais seul·e, sans personne pour te sécuriser après. Dans ce cas, la mémoire traumatique reste stockée dans ton cerveau limbique sous une forme brute, non traitée1. Avec toutes les sensations, les émotions, les images du moment. Figées dans le temps.
Et ton amygdale ne comprend pas que c’est fini. Elle reste en alerte permanente.
C’est pour ça que des années après, quand quelque chose — une odeur, un son, une situation, un lieu — lui rappelle le traumatisme, elle réactive toute la réaction de danger. Tu peux être submergé·e d’angoisse pour une raison apparemment anodine. Comme si l’événement était en train de se reproduire maintenant.
Ce n’est pas de la faiblesse. Ce n’est pas « dans ta tête ». C’est ton amygdale qui fait son travail de survie, mais avec une information périmée.
L’EMDR : la méthode pionnière des mouvements oculaires
Et c’est là qu’intervient l’EMDR.
EMDR signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing, ce qui se traduit par « Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires ».
Cette méthode a été développée à la fin des années 1980 par Francine Shapiro, psychologue américaine2. L’histoire de sa découverte est d’ailleurs assez fascinante : lors d’une promenade dans un parc, Francine Shapiro remarque que ses pensées dérangeantes diminuent en intensité lorsque ses yeux suivent le mouvement des feuilles dans les arbres. Intriguée, elle commence à tester cette observation et développe progressivement ce qui deviendra l’EMDR.
Comment l’EMDR agit sur ton cerveau
L’EMDR utilise les mouvements oculaires (et parfois d’autres stimulations bilatérales : tapotements alternés, sons alternés) pour activer un processus naturel de traitement de l’information dans le cerveau.
L’idée, c’est de reconnecter le cerveau limbique (émotionnel) avec le cortex préfrontal (rationnel).
Quand tu suis des yeux les doigts du thérapeute qui bougent de gauche à droite, tout en pensant au souvenir traumatique, quelque chose de remarquable se produit : les deux hémisphères de ton cerveau se synchronisent3. Ton cerveau pensant peut enfin accéder à la mémoire émotionnelle coincée dans ton amygdale.
C’est un peu comme si tu ouvrais une porte entre deux pièces qui étaient restées séparées.
Et progressivement, ton cerveau peut retraiter cette mémoire. La désensibiliser. Lui retirer sa charge émotionnelle paralysante. La contextualiser : « Oui, c’est arrivé. C’était terrible. Mais c’est passé. Je suis en sécurité maintenant.»
Ton amygdale peut enfin se calmer. Elle comprend que le danger n’est plus là.
Le souvenir reste — on n’efface jamais un souvenir — mais il perd son pouvoir de te submerger. Il devient une mémoire normale, rangée dans le passé, au lieu d’être une bombe émotionnelle qui peut exploser à tout moment.
L’EMDR est aujourd’hui reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreuses institutions comme l’une des thérapies les plus efficaces pour traiter le stress post-traumatique4.
Le RITMO : l’adaptation francophone
Et puis, il y a le RITMO.
RITMO signifie Retraitement de l’Information Traumatique par les Mouvements Oculaires. C’est une méthode développée en France dans les années 2000 par Lili Ruggieri, psychothérapeute et sophrologue5.
RITMO vs EMDR
À la base, le RITMO et l’EMDR reposent sur le même principe : utiliser les mouvements oculaires (ou d’autres stimulations bilatérales) pour retraiter les mémoires traumatiques conscientes et permettre à ton cerveau de sortir du mode survie.
Les 4 différences essentielles
Mais le RITMO apporte quelques nuances importantes :
1. Une approche plus holistique
Là où l’EMDR reste dans une approche très « neurologique » et scientifique du traumatisme, le RITMO intègre une dimension plus globale de l’être humain : corps, émotions, mental, et dimension énergétique.
Le RITMO considère que les traumatismes ne sont pas seulement stockés dans le cerveau, mais aussi dans le corps, dans les cellules. C’est une vision qui rejoint les travaux de certains chercheurs comme Candace Pert, neuroscientifique qui a montré que les émotions sont stockées dans tout le corps, pas seulement dans le cerveau6.
2. Une flexibilité dans les protocoles
Le RITMO est souvent perçu comme plus souple, plus adaptable que l’EMDR qui suit des protocoles très précis et standardisés. En RITMO, le thérapeute peut davantage suivre le mouvement du patient, s’adapter à ce qui émerge en séance.
3. Un cadre francophone et accessible
Le RITMO a aussi été développé pour être plus accessible en termes de formation et de certification en France et dans les pays francophones. Là où l’EMDR nécessite une formation longue et coûteuse avec des critères très stricts, le RITMO propose des formations plus courtes et ouvertes à différents professionnels de l’accompagnement.
4. Une méthode qui s’intègre facilement à d’autres approches
L’un des grands atouts du RITMO, c’est sa capacité à se combiner harmonieusement avec d’autres outils thérapeutiques. Dans ma pratique, par exemple, j’utilise le RITMO en complément de la sophro-analyse des mémoires prénatales, des constellations familiales, ou d’autres approches.
Le RITMO travaille sur les mémoires traumatiques conscientes — ces événements dont tu te souviens et qui continuent de te faire mal. Mais quand on découvre, par exemple en sophro-analyse, qu’il existe des mémoires prénatales ou transgénérationnelles qui influencent ta vie, le RITMO peut ensuite être utilisé pour désensibiliser les charges émotionnelles qui y sont liées.
C’est cette complémentarité qui rend l’approche si puissante : on va chercher en profondeur les racines du traumatisme avec certains outils, puis on utilise le RITMO pour retraiter et libérer ce qui a été mis au jour.
RITMO®, pour Retraitement de l’Information Traumatique par les Mouvements Oculaires, est une méthode spécialement conçue pour aller au-delà des mots. Créée par Lili Ruggieri, cette technique s’inspire de l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), une approche développée initialement pour les anciens combattants traumatisés.
RITMO® permet de dénouer les nœuds émotionnels et de transformer des blessures profondes en opportunités de croissance personnelle.
RITMO et EMDR : 5 points communs
Malgré ces différences, RITMO et EMDR partagent l’essentiel :
Les stimulations bilatérales
Les deux méthodes utilisent des mouvements oculaires, des tapotements alternés, ou d’autres formes de stimulation bilatérale pour activer le retraitement de l’information.
Le retraitement des traumatismes conscients
L’objectif est le même : permettre au cerveau de « digérer » les mémoires traumatiques dont tu as conscience pour qu’elles perdent leur charge émotionnelle et corporelle.
L’action sur l’amygdale et le système nerveux
Les deux approches travaillent à calmer l’hyperactivité de l’amygdale et à permettre au cerveau de reconnecter le cerveau émotionnel avec le cerveau rationnel.
L’efficacité
Les deux approches sont remarquablement efficaces. Elles permettent souvent de traiter en quelques séances des traumatismes qui auraient pu prendre des années à se résoudre avec des thérapies verbales classiques.
Le respect du rythme du patient
Dans les deux cas, le thérapeute accompagne le patient sans forcer, en respectant ce qui émerge, en permettant au processus naturel de guérison de se déployer.
Comment se déroule une séance RITMO ?
Que ce soit en RITMO ou en EMDR, une séance se déroule dans un cadre sécurisé et bienveillant.
On commence par identifier ensemble le souvenir traumatique ou la situation qui pose problème. Il s’agit toujours d’un événement dont tu as conscience : un accident, une humiliation, un deuil, une séparation, un moment où tu t’es senti·e en danger ou profondément blessé·e.
Ensuite, grâce aux stimulations bilatérales — mouvements oculaires ou tapotements alternés — ton cerveau va pouvoir retraiter cette mémoire. C’est un processus guidé par le thérapeute, qui s’assure que tu restes en sécurité tout au long de la séance.
Au fur et à mesure, quelque chose se transforme. L’intensité émotionnelle diminue. Le souvenir devient plus distant. Les sensations corporelles désagréables s’apaisent. Ton amygdale comprend enfin que le danger est passé. Ton cerveau pensant peut enfin prendre le relais.
Important : Le RITMO et l’EMDR sont des méthodes qui nécessitent un cadre thérapeutique professionnel. Le thérapeute est là pour te guider, te sécuriser, et s’assurer que le retraitement se fait de manière saine et complète.
RITMO/EMDR : pour quels traumatismes ?
Ces méthodes sont particulièrement efficaces pour :
- Les traumatismes ponctuels (accident, agression, deuil brutal, trahison)
- Le stress post-traumatique (PTSD)
- Les phobies et les peurs irrationnelles
- Les blocages émotionnels
- Les schémas répétitifs liés à des événements conscients
- Les angoisses, les crises de panique
- Les douleurs émotionnelles liées à l’enfance dont tu te souviens
- Les difficultés relationnelles ancrées dans des blessures identifiées
- La dépendance affective
- La culpabilité, la honte liées à des événements précis
- Les deuils compliqués
En fait, dès qu’il y a une charge émotionnelle figée liée à un souvenir conscient, un événement qui continue de te hanter, une réaction de ton amygdale que tu n’arrives pas à contrôler, le RITMO ou l’EMDR peuvent t’aider.
Le RITMO dans une approche thérapeutique globale
Dans ma pratique, j’utilise le RITMO comme un outil précieux dans une boîte à outils plus large.
Parfois, une personne arrive avec un traumatisme identifié : « J’ai vécu un accident il y a trois ans et je ne peux toujours pas reprendre le volant. » Dans ce cas, le RITMO seul peut suffire à désensibiliser cette mémoire et à libérer la personne.
Mais souvent, les choses sont plus complexes. La personne souffre d’un schéma répétitif, d’une peur inexplicable, d’une sensation diffuse que quelque chose ne va pas sans savoir exactement quoi.
C’est là que l’approche peut être inversée selon tes besoins. On peut commencer par le RITMO pour une désensibilisation rapide des charges émotionnelles conscientes, puis aller en profondeur avec la sophro-analyse des mémoires prénatales ou les constellations familiales. Ou commencer par la sophro-analyse pour identifier les racines profondes (prénatales, transgénérationnelles), puis utiliser le RITMO pour retraiter et libérer ces charges émotionnelles mises à jour.
C’est cette combinaison d’approches qui permet souvent les transformations les plus profondes et les plus durables. Cette flexibilité est la force du RITMO : il s’adapte parfaitement à ton chemin de guérison.
RITMO ou EMDR : comment choisir ?
Si tu cherches une approche très cadrée, scientifiquement validée, avec des protocoles précis, l’EMDR peut être fait pour toi.
Si tu es sensible à une approche plus globale, plus flexible, qui peut s’intégrer à d’autres outils thérapeutiques, le RITMO te parlera peut-être davantage.
Mais dans les deux cas, ce qui va faire la différence, c’est la qualité de la relation thérapeutique. La sécurité que tu ressens avec ton thérapeute. Sa capacité à t’accompagner avec bienveillance, sans jugement, en respectant ton rythme.
Parce que ces méthodes sont puissantes. Elles remuent parfois des émotions profondes. Et il est essentiel d’être accompagné·e par quelqu’un en qui tu as confiance, qui sait tenir l’espace pour toi, qui peut accueillir ce qui émerge.
Une réflexion pour commencer
Si tu envisages de faire du RITMO ou de l’EMDR, voici quelque chose que tu peux faire dès maintenant.
Assieds-toi dans un endroit calme. Ferme les yeux. Respire profondément.
Et demande-toi :
« Quel événement de ma vie continue de faire réagir mon amygdale ? Quel souvenir déclenche encore en moi des réactions de survie ? Quelle situation du passé fait encore réagir mon corps comme si elle était présente ? »
Laisse venir ce qui vient. Sans forcer. Sans juger.
Accueille-le. Dis-lui : « Je te vois. Et je suis prêt·e à me faire accompagner pour te libérer. »
Parce que c’est exactement ce que le RITMO ou l’EMDR vont faire : libérer ce qui est coincé. Permettre à ton système nerveux de sortir du mode survie. Calmer ton amygdale. Reconnecter tes trois cerveaux. Rendre au passé ce qui appartient au passé, pour que tu puisses enfin vivre pleinement ton présent.
Tu mérites de te libérer
Les traumatismes, les blessures émotionnelles et les mémoires douloureuses ne sont pas une fatalité. Tu n’es pas condamné·e à vivre toute ta vie avec ton amygdale en alerte.
Le RITMO et l’EMDR sont deux méthodes puissantes qui permettent de travailler en profondeur là où la parole seule ne suffit pas toujours. Elles parlent au cerveau dans son propre langage et activent les mécanismes naturels de guérison déjà présents en toi. Ton système nerveux peut enfin comprendre : « C’est fini. Je suis en sécurité. Je peux relâcher. »
Quand cela se produit, c’est comme si tout ton être respirait à nouveau. Un espace intérieur se libère. Tu peux enfin te sentir toi-même, sans ce poids du passé qui te retient.
Si tu veux découvrir comment le RITMO peut t’aider à transformer tes blessures et tes blocages, je suis là pour t’accompagner. En séance, nous travaillons ensemble sur ce qui te pèse et t’empêche d’avancer, avec douceur, en respectant ton rythme, dans un cadre sécurisant. Et si besoin, nous combinons le RITMO avec d’autres approches pour aller chercher les racines les plus profondes de tes souffrances.
Tu peux me contacter pour une séance découverte : c’est une belle occasion d’explorer cette méthode et de commencer ton chemin de guérison.
Chercher un sens, vouloir sortir de l’ombre, vouloir s’en sortir.
Les épreuves de la vie m'ont apporté une profonde compréhension de ce que ces mots veulent dire
Contactez-moi dès maintenant pour être accompagné en sophro-analyse, avec un atelier de Constellations Familiales, ou avec RITMO®, à Les Billaux (Libourne 33500), ou en ligne en visioconférence.
Aïssata Camara Rodrigues
Sources :
- Van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma. New York: Viking. ↩︎
- Shapiro, F. (1989). « Eye movement desensitization: A new treatment for post-traumatic stress disorder ». Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 20(3), 211-217. ↩︎
- Stickgold, R. (2002). « EMDR: A putative neurobiological mechanism of action ». Journal of Clinical Psychology, 58(1), 61-75. ↩︎
- Organisation mondiale de la Santé (2013). Lignes directrices pour la prise en charge des affections spécifiquement liées au stress. Genève : OMS. ↩︎
- Ruggieri, L. (2006). RITMO : Retraitement de l’Information Traumatique par les Mouvements Oculaires. Formation et développement de la méthode en France. ↩︎
- Pert, C. (1997). Molecules of Emotion: Why You Feel the Way You Feel. New York: Scribner. ↩︎